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Point de vue

NOTES DE COURS EN LIGNE OU SUR PAPIER?

Céline Lebel

Dans un récent article de la Revue de l’éducation à distance(1) Eric Uyttebrouck pose, dans le titre même de son article (voir plus bas), une question à laquelle il a bien de la difficulté à répondre.

Vous allez sans doute vous dire, en voyant ma signature : « On sait bien, elle est de l’époque du papier! Elle va sûrement s’opposer aux notes de cours en ligne! »

Soyez rassurés; je ne m’oppose pas aux notes de cours uniquement en ligne et ne m’y opposerai pas, si on arrive à me fournir des arguments solides, avec témoignages et preuves à l’appui. Je suis bien consciente de l’instantanéité presque miraculeuse d’Internet, avec tout ce que ça peut comporter de beau et de bon quand on est éloigné des grands centres et des grandes bibliothèques ou encore, même si on est tout proche, quand on a tout simplement pas le goût ou le temps de se déplacer. Mais revenons à nos moutons, c’est-à-dire à nos étudiants et aux notes de cours en ligne.

Uyttebrouck est honnête : d’abord, il se demande si le titre de son article ne devrait pas être : « Pourquoi diable ne lisent-ils pas, en ligne, mes notes de cours? » Ensuite, bizarrement, il choisit de faire l’apologie du papier. Il admet que contrairement au livre, l’ordinateur ne peut pas se transporter partout, par exemple dans l’avion, où il est prohibé, ou… dans le lit! Le portable est-il si portable que ça?

Il fait en outre remarquer que la vitesse de lecture, à l’écran, est moins grande que sur papier, notamment pour la lecture en diagonale. Il traite aussi de la mémorisation des mots sur un document papier, et de la difficulté de prendre des notes quand on lit un texte à l’écran. S’ensuivent des arguments en faveur des avantages du document électronique. Et une conclusion qui n’en est pas une, qui ouvre la porte à la recherche sur le sujet, à savoir dans quels contextes la lecture à l’écran pourrait être un comportement prévisible et souhaitable de la part des étudiants.

J’arrête ici; je vous invite plutôt à lire directement le texte de Uyttebrouck sur le site de l’ACED : www.cade-aced.ca si vous n’êtes pas membre de cette association et n’avez pas reçu la copie « papier » de la revue. Cela vous permettra de vous conscientiser sur la lecture de longs textes en ligne!

Uyttebrouck est quand même bien conscient que les étudiants ne font pas que lire les notes de cours, ils écrivent! Dans des communications présentées à l’ACED et à l’ACFAS, en 1998, j’exposais les données d’une recherche exploratoire sur l’utilisation que les étudiants à distance faisaient des activités d’apprentissage proposées par les concepteurs. Cette recherche avait été réalisée à partir des traces laissées par les étudiants dans les textes qu’ils avaient utilisés. Je me souviens que nous en avions découvert de toutes sortes : écriture en lettres normales, flèches, soulignements, hiéroglyphes presque indécodables, tout pour que nous agissions à la manière des archéologues s’appropriant le terrain parcelle par parcelle et inventant chemin faisant la méthode pour faire parler les traces et en trouver la logique.

Il existe des moyens pour que l’étudiant puisse prendre des notes en lisant un texte à l’écran à la condition qu’on le lui permette. Les logiciels de traitement de texte l’ont prévu. Mais certains textes sont « barrés », c’est-à-dire qu’on ne peut en extraire des parties, on ne peut pratiquer le « copier-coller », on ne peut que… le lire ou l’imprimer!

Vous êtes probablement en train de vous demander où je veux en venir avec mes réflexions… C’est qu’il y a quelque chose qui traîne dans le fond de mon cerveau depuis fort longtemps, quand on parle d’Internet, des textes en ligne, des prises de notes en ligne, etc. C’est la question du plein contrôle – non pas de l’écran – mais du clavier! Quand comme moi, on est « secrétaire de naissance », il est facile de lire à l’écran en écrivant. Mais quand on tape avec deux, trois ou quatre doigts, et qu’on doit regarder le clavier chaque fois qu’on écrit une lettre, vous rendez-vous compte des allers-retours des yeux que cela implique entre l’écran et le clavier?

Cela ne vous rappelle-t-il pas les anges « merci » qu’on trouvait dans nos églises autrefois, et qui hochaient la tête à répétition quand on mettait une obole dans leur tronc?

 

1. Uyttebrouck, Éric, Pourquoi diable ne lisent-ils pas mes notes de cours en ligne?, Revue de l’éducation à distance Printemps 2005, Vol. 20, No 1, 39-59.

 

 


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