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VOLUME 8, NUMÉRO 1

Communication

ConfÉrence d’ouverture, Colloque du REFAD, 5 mai 2005

Katia Canciani

Bonjour,

Je tiens en premier lieu à remercier le REFAD de m’avoir invité à prononcer quelques mots à l’occasion de ce colloque ayant placé l’étudiant et l’étudiante au cœur même de sa thématique. C’est avec beaucoup de plaisir que j’ai accepté leur

chaleureuse invitation. C’est donc à titre d’étudiante ayant suivi tous ses cours à distance en vue de l’obtention d’un baccalauréat que je suis devant vous aujourd’hui.

J’aimerais vous offrir un regard complémentaire sur les études à distance, afin de donner, peut-être, une autre perspective à vos discussions des deux prochains jours. Démarche, persévérance, aspects technologiques et pédagogiques, défis… Je me propose de partager avec vous mon expérience personnelle de – si je peux m’exprimer ainsi – de «  bachelière à distance  »!

La première question qui vient souvent à l’esprit est : pourquoi est-ce qu’un étudiant choisit de faire un baccalauréat, en entier, par des études à distance  ?

Dans mon cas, je n’avais pour diplôme qu’un DEC en pilotage d’aéronef – obtenu au Québec d’où je suis originaire – et je dois avouer que cela m’a bien servi tant que je suis restée dans mon domaine d’expertise, le pilotage. Or, lorsque j’ai eu mes enfants, j’ai voulu chercher du travail ailleurs, entre autres pour avoir de meilleurs horaires. C’est alors que j’ai constaté que le fait de ne pas avoir de bac limitait beaucoup mes recherches. C’est, très sincèrement, ce qui m’a éperonnée.

J’ai donc évalué mes options en vue d’obtenir un bac. Soit : m’inscrire à l’université la plus proche de chez moi en Ontario, et qui se trouve à plus d’une heure de route; soit lorgner du côté des études à distance, que je connaissais pour avoir suivi quelques cours à la Téluq lorsque je travaillais au Manitoba. Donc, d’un côté : faire deux heures de route chaque jour, faire des études passives sur un banc d’école, perdre du temps dans des corridors entre les cours et apprendre en anglais. Ou de l’autre côté : utiliser au maximum mon temps pour étudier, être dans le confort de ma maison, limiter l’impact de ma décision de retour aux études sur ma famille et étudier dans ma langue maternelle…

Le choix, pour moi, semblait aller de soi, mais fallait-il encore que je trouve un programme d’études qui m’intéresse. J’hésitais en fait entre les études littéraires et la communication. La Téluq offrait un superbe programme en communication. Et voilà, j’étais embarquée pour un voyage un peu fou!

Je dois vous avouer que la seule crainte que j’ai eue en faisant ce choix, cela en était une de reconnaissance. Les études à distance étaient mal connues et n’ont pas toujours eu bonne presse. J’avais peur que l’on me dise que je faisais un « bac bonbon ». Le fait que la Téluq fasse partie de l’Université du Québec a pour moi été un élément clef dans ma décision.

Donc, pendant un peu moins de quatre ans, j’ai suivi 27 cours à distance. Au début, j’y suis allée doucement, pour voir si j’aimais ça. Ça prend du temps à s’habituer au rythme. Et, encore plus, à ce que les autres comprennent la démarche qui est entreprise. Puis vers la fin, en vitesse de croisière, j’ai fait deux sessions de suite à temps plein. Je voulais tellement finir!

Mais qu’est-ce qui fait que l’on persévère? Franchement, même moi, en cours de route, je me suis posée la question. Surtout le premier été, où, super motivée, j’ai eu la brillante idée de prendre quatre cours! Je crois avant tout que ce qui fait qu’un étudiant persévère, c’est sa soif de savoir, sa soif de connaissance. L’étudiant à distance a le goût d’apprendre, et si les contenus de cours sont intéressants, il trouve là une grande partie de sa motivation. D’autre part, la confiance dans le fait qu’à la fin ces études vont donner un résultat tangible (que ce soit une promotion au travail ou la possibilité de postuler à de meilleurs emplois) permet de garder le cap.

En tant que parent-étudiant à la maison, je constate aussi que la leçon est absolument incroyable pour nos enfants. Ils nous voient étudier, jour après jour… et je pense que ça leur fait comprendre qu’on n’a jamais fini d’apprendre. Du point de vue de la persévérance, quand on a trois paires de petits yeux braqués sur soi, abandonner n’est pas une option. À moins d’être prêt à répondre aux « pourquoi t’as arrêté ? »!

Je sais que vous êtes venus discuter des aspects technologiques et pédagogiques des études à distance lors de ce colloque.

Pour ce qui est de l’aspect technologique, vous serez peut-être un peu déçus de ma contribution à vos débats. En effet, la technologie va tellement rapidement que je suis déjà dépassée dans ce domaine. Ce n’est qu’en mi-parcours que j’ai commencé à utiliser le courriel comme moyen de communication avec mes tuteurs. Pour les échanges courts et rapides, pour des questions ponctuelles, c’est à mon avis un outil hors pair. Vers la fin, j’ai aussi eu la chance d’avoir un cours sur cédérom. C’est un réel avantage, à mon avis, quand on est curieux, de pouvoir activer des hyperliens directement à partir du contenu du cours. Finalement, je n’ai jamais fait de cours avec forum de discussion. À vrai dire, cela ne m’a pas vraiment manqué. Avec un peu de recul, pourtant, je crois qu’un forum bien mené pourrait être bénéfique. 1)

Maintenant, pour ce qui est de l’aspect pédagogique, permettez-moi de m’y attarder un peu. La pédagogie, pour l’étudiant, passe par les manuels, le contenu du cours, le plan de cours, le développement des idées, la place laissée à l’acquisition de connaissances connexes et complémentaires.

Si le REFAD a mis l’étudiant au centre de la formation à distance, je peux vous affirmer que pour un étudiant, c’est le cours – le contenu du cours – qui est au centre de sa formation. Bien au-delà des gadgets technologiques et de la présentation matérielle d’un cours, c’est le contenu même qui est important pour l’étudiant. Il n’y a rien de pire pour la motivation à continuer que de se faire offrir un cours qui, au bout du compte, n’offre pas assez de contenu pertinent ou intéressant. À l’heure où les études à distance sont en pleine progression, il faut faire attention à ce que le contenant ne soit pas plus important que le contenu. Comme dans ces magasins où l’on vous offre un magnifique emballage mais où ce qui est à l’intérieur est décevant!

D’autre part, il faut faire attention au contraire. J’ai un ami militaire qui termine cette année son baccalauréat avec un établissement qui n’est pas membre du REFAD . Cet établissement s’est dit qu’en mettant le sceau «  À distance  » sur le contenu des cours qu’il offrait sur campus, le tour serait joué. Or, la quantité de matériel à étudier est tout simplement phénoménale. Je peux vous jurer que cet ami a été découragé à vie d’entreprendre d’autres études. C’est triste. Bref, je crois que les établissements d’enseignement doivent être particulièrement attentifs au développement des études à distance.

Sur un ton un peu plus léger, permettez-moi de faire un petit détour du côté des tuteurs.

À la Téluq, et je ne sais pas si c’est le cas de tous les établissements d’enseignement à distance, on assigne à l’étudiant un tuteur pour chacun des cours. Le tuteur, pour l’étudiant, c’est le lien avec l’université, c’est un peu la voix – à défaut de pouvoir dire le visage – de l’établissement d’enseignement.

Le tuteur se compare à celui qui, lors d’une escalade, assure le grimpeur à partir du bas. Le tuteur a ainsi un rôle primordial à jouer auprès de l’étudiant qui entame sa montée en solo. Il doit être prêt à reprendre la tension lorsque l’étudiant perd pied, prêt à lui donner de l’impulsion pour le stimuler à continuer ou prêt à lui donner plus de corde afin de lui permettre d’explorer de nouvelles avenues. Bref, même si on ne l’utilise pas toujours, même s’il n’est pas physiquement présent, le tuteur assure et rassure. En cas de pépin, on sait qu’il va être au bout de la corde, ou plutôt au bout du fil!

Je me suis amusée, pour vous, à classer les tuteurs que j’ai eu le plaisir de côtoyer en trois grands groupes. Et j’espère que les tuteurs présents dans la salle ne verront pas là un retour du pendule.

Premièrement il y a le tuteur… absent. Le tuteur absent, c’est celui qui ne fait jamais l’appel de premier contact, qui prend des lustres pour retourner un appel, qui répond vaguement, mais alors très vaguement, à toutes les questions que l’on peut lui poser et qui, vous ne me croirez pas, qui renvoie tous les travaux corrigés en même temps bien après la fin du cours… Ce qui fait que tout le long du cours, l’étudiant ayant un tuteur absent se demande s’il est en train d’échouer ou de se taper la note du siècle, s’il est un pur abruti ou s’il a tout compris, si l’ensemble de ses travaux sera noté globalement ou si chaque travail sera bel et bien noté à sa juste valeur. Le tuteur absent n’est malheureusement pas une espèce en voie d’extinction.

Deuxièmement, il y a le tuteur-tuteur. Celui-là, il fait l’appel de contact avec quelque retard, il répond au téléphone la plupart du temps, et il répond aux questions en citant mot pour mot ce qui est écrit dans le corrigé du manuel que l’étudiant a aussi en face des yeux. Le tuteur-tuteur est une espèce que l’étudiant rencontre fréquemment.

Troisièmement, il y a le tuteur parfait. Ah! Celui-là fait le premier appel dans les délais promis et pose même une ou deux questions à l’étudiant pour savoir où il se situe dans son parcours d’apprentissage. Celui-là retourne promptement les appels et répond aux courriels. De plus, lorsqu’on lui pose une question sur le contenu du cours, il ne fait pas que citer la réponse du livre, il connaît sa matière et il est capable de l’enseigner. C’est, ma foi, un pédagogue! Ce tuteur-là retourne les travaux de mi-session corrigés avant que le cours ne soit terminé. Le tuteur parfait est une espèce tellement agréable à côtoyer.

Mais vous croyez que le tuteur parfait est au sommet de la pyramide? Il n’en est rien. Au sommet de la pyramide, il y a le tuteur passionné. Ce tuteur-là, il annote tes travaux de commentaires pertinents, et quand tu lui téléphones pour lui poser une question, miracle : il se transforme. Il se met à parler du cours et de la matière avec un tel intérêt qu’il te donne le goût d’étudier dix fois plus. Il te donne le goût de persévérer… Le tuteur passionné, c’est l’espèce rare.

Comme vous pouvez le constater, les tuteurs, tout comme les enseignants, n’ont pas fini de faire parler les étudiants, même à distance.

D’ailleurs, tant du point de vue du contenu du cours que du support du tuteur, je crois qu’il est important que les établissements n’aient pas peur de demander de la rétroaction aux étudiants. Il faut oser faire évaluer ses cours. Et tenir compte de ces commentaires. De plus, je me demande si un système de mentorat ne serait pas bénéfique en fin de parcours pour mettre les étudiants qui le désirent, comme ceux qui comptent réintégrer le marché du travail, en contact avec des gens qui œuvrent dans le milieu professionnel. C’est une idée.

J’aimerais aussi vous parler des défis qui se sont présentés lors de mes études à distance. Pour moi, ils ont été de trois ordres.

Parfois, mais assez peu souvent, il y avait le manque de motivation. Un défi assez aisément surmonté par des contenus de cours intéressants et adaptés, une présence adéquate du tuteur et la confiance en la pertinence des études.

Ensuite, deuxième défi, il y avait toujours le manque de ressources. Quand on étudie dans une province anglophone, trouver du matériel en français est quasi impossible. Dans mon cas, toute recherche impliquait un temps de traduction puisque j’utilisais souvent des documents anglais que je devais traduire pour insérer dans mes travaux. En ce sens, je considère que l’arrivée d’Internet et le développement des bibliothèques virtuelles sont très positifs.

Le troisième défi, et aussi à mon avis le plus important, est l’isolement de l’étudiant à distance. Les établissements d’enseignement ont ici un rôle à jouer pour permettre aux étudiants à distance de briser leur isolement, et pas forcément dans le cadre d’un cours, mais plutôt leur isolement d’une communauté d’apprenants.

L’éclatement de ma bulle d’étudiant à distance s’est concrètement fait le jour de ma collation des grades. Je peux vous assurer que de se retrouver en présence de centaines d’autres étudiants, tuteurs, professeurs, directeurs et dignitaires est un moment inoubliable, magique! S’il y a un seul moment qui réconforte de quatre ans de travail, de doute, de sacrifices, c’est bien celui-là. Et je le souhaite à tous les étudiants.

Mais je crois que ce qui a fait que cette journée a été si spéciale, c’est qu’auparavant, j’avais déjà commencé à ressentir un attachement à ma communauté universitaire, grâce à une initiative des plus réussies de la Téluq. Je veux parler ici du journal Le Sans-Papier.

Un jour, je reçois un courriel de la Téluq me disant que le Sans-papier est à la recherche de collaborateurs. L’offre est tentante. Je me sens très seule dans mon petit coin en Ontario et faire partie d’une communauté étudiante, même virtuelle, est motivante. Après une discussion avec monsieur Denis Gilbert, dont l’enthousiasme est communicatif, je décide de me lancer dans le projet.

Durant ma dernière année d’étude, j’écris donc une chronique de voyage dans le journal Le Sans-Papier… et c’est la piqûre. C’est donc en partie la faute du Sans-Papier, je le dis en riant, si, au lieu de suivre le chemin tracé par mon bac en communication, j’ose un grand rêve à la fin de mes études.

En effet, c’est un peu l’écriture de cette chronique dans ce journal virtuel universitaire qui me fait réaliser que ce que je veux vraiment faire à la fin de mes études, c’est… écrire.

À la surprise de certains, qui s’attendaient à ce que je me lance dans une agressive recherche d’un emploi en communication – un domaine de savoir qui me passionne – je décide de me consacrer, après l’obtention de mon bac, à l’écriture d’un roman. Ces gens concluent donc précipitamment que mon bac n’a pas eu d’impact sur ma vie professionnelle. Que mon bac ne m’a finalement pas donné grand-chose. Or, c’est tout le contraire.

Premièrement, mes connaissances en communication m’ont permis d’aider à mettre sur pied un dynamique regroupement francophone dans ma région, « Le Franco-Phare ». Après seulement un an et demi d’existence, ce regroupement, dont je suis la vice-présidente et la conseillère en communication, a déjà dépassé tous ses objectifs pour ce qui est de réveiller l’appartenance francophone en contrée loyaliste.

Deuxièmement, et c’est cela qui est le plus important, ce sont des compétences transversales acquises lors de ces quatre ans d’études qui m’ont permis de finalement avoir l’audace d’écrire. Au-delà de la connaissance même de mon domaine d’études, au-delà du morceau de papier qui dit que je suis maintenant bachelière, j’ai gagné en quatre ans l’autonomie, la discipline, la confiance en moi...

En fait, étudier à distance, pour un étudiant, c’est faire un choix. Un choix qui va bien au-delà des cours et du format à distance. Un choix, parfois à son insu, de qualités qu’il désire développer.

Quand j’ai fait ma formation initiale comme pilote professionnelle au Cégep de Chicoutimi, de 17 à 20 ans, je me suis fait donner tous les outils, et je dis bien, je me suis fait donner tous les outils pour intégrer le marché du travail. Mais on ne m’avait pas donné certaines compétences qui s’avèrent éventuellement primordiales pour oser notre plein potentiel. À mon avis, c’est la grande différence entre les études sur le banc et les études à distance. Étudier à distance, c’est se donner soi-même les outils. Se donner soi-même des outils qui, au-delà d’un diplôme dont on peut être fier, seront utiles toute une vie.

Merci. Bon colloque.

1. NDA : Cette remarque aura fait jaser bien des participants au colloque. Permettez-moi donc de préciser que la raison pour laquelle le forum ne m’a pas «   manqué   », c’est principalement parce que cet outil d’apprentissage ne faisait pas partie de mes attentes lorsque j’ai entamé mon cheminement universitaire à la Télé-université.

 

 


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