Le phénix télé-universitaire

La Télé-université (TÉLUQ), première institution à distance au Canada et au Québec, et une des toutes premières au monde, s’intègrera à l’Université du Québec à Montréal (UQÀM) dans les prochaines semaines. C’est un évènement d’une importance capitale non seulement pour la formation à distance mais aussi pour tout le secteur post-secondaire au Québec et au Canada. Comme le soulignait le recteur de l’UQÀM, le professeur Roch Denis : « Il s’agit, vous le savez, d’un projet considérable, sans doute le projet le plus important du milieu universitaire depuis ces dernières décennies, un projet qui va voir bientôt deux établissements universitaires publics joindre leur forces pour faire ensemble en coopération structurée, mieux, bien mieux, que ce qu’ils peuvent faire séparément ».

Pour bien souligner cet évènement nous consacrons une bonne partie de cet éditorial à la Télé-université.

On peut ainsi se rappeler qu’après deux années de travaux et de discussions, quelques fois épiques, la Télé-université (TELUQ) a été créée en 1972. Avec une mission d’accessibilité très large et généreuse, la Télé-université se voulait un outil de transformation sociale par la production de cours à distance conçus en collaboration avec les autres universités du Québec.

Les principes de mobilité sociale et de formation continue à la base de son action ont amené le gouvernement du Québec à confier rapidement à la TÉLUQ d’ambitieux programmes de perfectionnement des maîtres en mathématique (PERMAMA) et en français (PERMAFRA). De ces programmes naquit l'enseignement à distance à l'Université du Québec et devint alors possible un perfectionnement massif et simultané des enseignants en exercice. Parallèlement était développée toute une série de cours qui s'attachaient à faire connaître la réalité québécoise tels que: Français pour tout, français pour tous (qui s’intégrait à la stratégie de l’Année du français avec le slogan bien connu et repris depuis par plusieurs autres : le Français je le parle par cœur…); Histoire du Québec, Affectivité et sexualité; L'environnement, un bien collectif menacé (qui s’intégrait dans une grande campagne de Stratégies de conservation de l’Eau) et de nombreux autres...

Les succès reconnus de tous ces cours et programmes n’ont pourtant pas assuré pour autant une vie harmonieuse à l’institution. La formule de financement universitaire québécoise ainsi que le modèle très différent d’enseignement et de recherche de la Télé-université lui ont valu plusieurs contestations et des remises en cause récurrentes de son existence. Soulignons toutefois qu'il en était de même pour la très grande majorité des établissements universitaires de formation à distance dans le monde occidental.

Depuis le milieu des années 1980, la Télé-université a modifié radicalement son approche en harmonisant le plus possible sa structure et certains de ses modes de fonctionnement avec ceux des autres universités. À la même période, elle s’investissait massivement dans le soutien technologique aux cours et programmes. Ces orientations lui ont permis de développer plusieurs nouveaux programmes ainsi que de connaître une certaine crédibilité et une reconnaissance certaine dans ses relations avec la communauté post-secondaire traditionnelle. Cette mutation lui a permis d’obtenir, en 1992, des lettres patentes lui conférant une personnalité juridique et lui accordant ainsi une entière autonomie quant à sa mission, son administration et le développement de sa programmation. Les dix dernières années ont surtout servi à consolider le développement de l’institution. Après un peu plus de trente ans, la Télé-université se révèle comme un établissement ayant permis à près de 350,000 personnes de suivre des cours universitaires alors qu'elle a octroyé plus de 22 000 diplômes.

La formation à distance étant reconnue de plus en plus comme une nécessité économique, ce rattachement ou cette fusion, tout en soulignant son expertise et sa pertinence, marque la fin d’une époque. C’est, malgré tout, la mort annoncée de la TÉLUQ, telle qu’elle existe et cela a provoqué, au cours de la dernière année et comme dans tous les processus de deuil, chez plusieurs artisans de la TÉLUQ des sentiments et des attitudes inévitables et même souhaitables de déni jusqu’à la dépression. Un professionnel de la TÉLUQ a bien résumé cette période en affirmant que : « Si on ne fait pas le deuil de la TÉLUQ on ne pourra pas sainement envisager l’avenir avec l’UQÀM ».

Aujourd’hui, plusieurs se réjouissent de l’intégration de la TÉLUQ à l’UQÀM autant à l’intérieur de la TÉLUQ qu’à l’extérieur. Cet évènement est perçu un moment de renaissance et de redéfinition de la formation a distance avec comme perspective de rendre encore plus accessible les savoirs, supporter les étudiantes et les étudiants dans le développement d’une vision critique du mondes et des savoirs et enfin accompagner les citoyens et citoyennes dans leur propositions de modifications sociales, culturelles et économiques.

Tout comme le phénix qui renaît de ses cendres plus beau, plus jeune et plus énergique. Pour la population québécoise, et le monde de la formation à distance le rapprochement et l’intégration des deux établissements devrait se concrétiser par un accroissement, sans précédent, de l’accessibilité aux études universitaires dans tous les domaines du savoir, de la connaissance, de la création et de l’intelligence. Ce faisant, c’est le développement de toute la collectivité québécoise et canadienne qui sera supporté, protégé et accompagné.

C’est avec hâte et enthousiasme que nous accueillions la nouvelle UQÀM, cette nouvelle université au devenir prometteur qui veut devenir un leader canadien et même international en formation à distance bimodale.

La TÉLUQ est morte, vive la TÉLUQ!

Michel Umbriaco
29 novembre 2004